Résumé de la problématique

Offre et demande, intensification des communications et de la pédopornographie sur Internet : l’industrie du sexe à l’échelle internationale se porte et rapporte à merveille. Productivité, rentabilité, bénéfices; Richard Poulin en fait un éloge ironique et sensé dans son texte Mondialisation des industries du sexe, crime organisé et prostitution, introduisant le concept d’une double marchandisation où les victimes de l’exploitation sexuelle constituent à la fois un bien et un service. Ainsi, « l’un des traits de l’actuelle mondialisation capitaliste est non seulement la marchandisation des corps en tant que sexes, loués aux clients prostituteurs nationaux et internationaux (touristes sexuels), mais également la marchandisation des femmes et des enfants eux-mêmes, vendus et revendus à des réseaux successifs de proxénètes. [...] Le coût de toutes ces transactions dépend de l’âge, de l’usage préalable (virginité ou non), de la beauté et de l’origine ».[1]

Définition de l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC)
Considéré comme une forme de travail forcé spécifique aux enfants, ce concept se définit comme « [...] toutes formes de maltraitance sexuelle commise par un adulte et accompagnée d’une rémunération en espèces ou en nature versée à l’enfant ou une tierce personne »[2]. Suivant la Convention relative aux Droits de l’Enfant émise par les Nations Unies, l’enfant correspond à tout être humain âgé de moins de 18 ans. Dans cette optique, et compte tenu qu’un enfant n’est pas considéré en capacité d’établir un consentement libre et éclairé, toute exploitation sexuelle en contexte de migration ne peut qu’être envisagé sous forme de traite et non de trafic sexuel (consulter Traite et trafic pour plus d'information).

Étendue du phénomène
D’emblée, il serait utopique de se donner comme objectif d’enrayer l’exploitation sexuelle à l’échelle mondiale. Compte tenu de la nature clandestine de l’industrie du sexe et en regard de l’expansion qu’elle connaît à l’heure actuelle, nous ne pouvons espérer un renversement progressif de la situation qu’à long terme. Néanmoins, les démarches que nous entreprenons à l’heure actuelle ont une portée considérable et les avancements depuis les trente dernières années se sont avérés substantiels dans le développement de la connaissance de la problématique de l’exploitation sexuelle, des partenariats et des actions menées à l’international.

Bien que les données soit insuffisantes pour l’obtention de données fiables sur l’envergure du phénomène de l’exploitation sexuelle, l’Unicef estime à 2 millions le nombre d’enfants victimes d’exploitation sexuelle à des fins de prostitution ou de pornographie[3] et de 700 000 à 4 millions le nombre de victimes de la traite, dont 1,2 million d’enfants, annuellement[4]. Malgré le manque de données disponibles soutenant une augmentation ou une diminution du phénomène, il est indispensable de tenir compte d’un contrebalancement entre, d’une part, le développement des technologies et, d’autre part, la hausse des efforts à la lutte contre l’exploitation sexuelle.
 

[1] Poulin, Richard. 2005. « Mondialisation des industries du sexe, crime organisé et prostitution : Éléments d’une sociologie de la production ''prostitutionnelle'' ». In L’Agression sexuelle : coopérer au-delà des frontières, Cifas 2005, sous la dir. de Monique Tardif, p. 27-46. Montréal : Institut Philippe-Pinel de Montréal.
[2] UNICEF. 2006. « L’exploitation sexuelle à des fins commerciales ». En ligne. 2 p. <http://www.unicef.org/french/protection/files/L_exploitation_sexuelle.pdf>. Consulté le 27 mai 2010.
[3] UNICEF. 2010 (16 avril). « Protection de l’enfant contre la violence et les mauvais traitements : Vue d’ensemble ». In UNICEF : Unissons-nous pour les enfants. En ligne. <http://www.unicef.org/french/protection/index_bigpicture.html>. Consulté le 27 mai 2010.
[4] Parlement Européen. Droits des citoyens et affaires constitutionnelles. Direction générale des politiques internes. 2005. La traite des femmes et des enfants. Rédigé par Hélène Calers, sous la direction de Danièle Réchard. Bruxelles : Parlement Européen, 16 p.
 

Rédigé par Kim Brière-Charest, Sexologue B.A., Sexologue et adjointe au président à l’Institut Québécois de Sexologie Clinique. Tiré et adapté de : Brière-Charest, Kim. 2010. « L’Industrie du sexe à l’échelle internationale ». Sexologie Actuelle : Sexologues Sans Frontières, vol. XIX, no 1, (automne-hiver), p. 7-9.